Vive les robots !

21 décembre 2014
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Il y a de plus en plus de gens qui se plaignent en constatant que les robots prennent la place des travailleurs dans les entreprises.

Ma mère

Quand j’étais petit, ma mère faisait la lessive à la main. Un jour elle a acheté un ancêtre de machine à laver le linge. C’était une espèce de réservoir cylindrique au fond duquel se trouvait un bidule en plastique noir. Ce bidule grossièrement denté et sans aspérités tournait, entrainé par un moteur électrique. Ma mère versait de l’eau et de la poudre sur le linge, dans le réservoir. Le bidule brassait automatiquement l’eau. Une heure plus tard, ma mère remplaçait deux ou trois fois l’eau pour rincer le linge. Puis elle le tordait avec ses bras musclés et le pendait.

Ma mère n’allait pas faire d’exercice physique sur des robots dans des salles de fitness où la qualité de l’air sans particules fines doit néanmoins être aussi douteuse que celle des tunnels routiers de l’agglomération bruxelloise. Elle jouait au hockey sur gazon et au tennis.

Ce premier robot ménager maternel est l’ancêtre des robots les plus utilisés au monde : le lave-linge et son complice le séchoir, et le lave-vaisselle. Ces robots ont divisé par 24 (5 minutes au lieu de deux heures par lavage) le temps consacré à ces tâches stupides.

On me dira que je mets dans le même pré des chèvres (les robots ménagers) et des loups (les robots industriels). Les premiers seraient là pour nous éviter les tâches ménagères ingrates, répétitives et sans fin pour nous permettre de vaquer à des occupations plus intéressantes et enrichissantes.

Que sont ces tâches plus intéressantes et enrichissantes ? Chatter sur des réseaux sociaux avec des pseudos sans chair et sans os ? Regarder des hommes et des femmes se chamailler en public lors de sempiternels débats télévisés qui ne vont jamais au fond des choses sous prétexte qu’il ne faut pas être trop technique pour les auditeurs ? Envier celui qui devient instantanément une vedette aussi célèbre que le héros d’une émission de téléréalité ? Assister au match de foot dans lequel joue le joueur-héros (ou joueur-Eros) est dix fois mieux payé que le patron de l’usine d’à côté, sans s’apitoyer sur le ratio scandaleux qui existe entre son salaire de riche et celui des joueurs pauvres de seconde division ?

Harro sur les robots

Tout cela est la faute à la robotisation !

Aujourd’hui on s’en prend aux robots qui remplacent les ouvriers dans les lignes de travail à la chaîne. Curieusement, ceux-ci se plaignent de perdre un travail aussi inintéressant que celui de ma mère avant que mon père lui achète sa première machine à laver. Dans le supermarché près de chez moi, on a installé des robots-caissières. Les clients utilisent eux-mêmes ces robots.

Génial champion le manager qui a réussi à faire faire le travail des ses salariés par une coalition à durée indéterminée (CDI) entre des robots et ses propres clients !

Chère ou chère surveillance !

Pour éviter que des articles ne soient pas scannés par les client-employés, le supermarché a engagé des surveillants de robots. De son côté, le manager surveille les surveillants, avec des caméras de surveillance et le logiciel tableur installé sur son PC.

Comme surveillant est un boulot aussi con que non productif, Microsoft a remplacé, sur son campus, les surveillants par des robots.

Quand la machine à laver de ma mère tournait, elle ne surveillait pas la machine.

Bravo l’humanité !

  • À la maison, on a supprimé des tâches ménagères obligatoires et connes pour les remplacer par des activités choisies stupides.
  • Dans le monde du travail, on a remplacé des métiers cons (par exemple celui de caissière à la chaîne) et pénibles (déplacer des tonnes de produits par jour, dans une position indadaptée pour soulever des poids) par des métiers très stupides : regarder des gens scanner le contenu de leur caddy.

Maison et entreprise, personnes privée et entrepreneurs ou syndicats, mêmes combats : se débarrasser des tâches ingrates pour les remplacer par des tâches stupides.

L’herbe est plus sale dans le jardin du voisin

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais !

Continuons à nous plaindre des robots industriels et profitons de l’utilité des robots privés que nous achetons. Battons-nous dans notre petit pays surpeuplé épuisant les ressources de la planète pour que les indispensables éoliennes ne se construisent pas trop près de chez nous, donc près de chez notre voisin.

Continuons à nous plaindre des robots industriels installés dans le jardin du voisin et profitons de l’utilité des robots privés que nous achetons. Nos robots sont des robots choisis et pas des robots imposés me direz-vous ? Les robots nuisibles sont ceux du voisin !

Pourquoi vouloir sans cesse se faciliter la vie ?

Nous voulons ces robots parce que nous croyons qu’ils vont nous rendre heureux. Le bonheur consiste-il bien d’avoir une vie plus facile ? Dans cette recherche de facilité, on se limite à dire « plus facile« . Répondre à la question « plus facile que quoi » est déjà trop ! Qualifier le second membre de la comparaison est trop fatiguant.

Que notre rôle dans la robotisation privée, et sans doute pas seulement privée, soit actif, proactif ou passif, chacun d’entre nous porte certainement sa part de responsabilité dans la robotisation générale.

En privé, notre responsabilité est au minimum passive. Nous acceptons de nous laisser influencer par la pub pour les machines qui font le café toutes seules, les voitures qui se garent toutes seules, les machines qui font du pain toutes seules, les aspirateurs et les tondeuses à gazon qui travaillent tous seuls, les portes qui s’ouvrent ou se ferment toutes seules et toutes sortes de produits et technologies destinés à nous « faciliter la vie ».

Qui nous a-t-il  imposé d’utiliser la télécommande plutôt que de nous lever pour tourner le bouton de la télé ? C’est tout simplement nous-mêmes ! Plus personne n’utilise les boutons des télés. Et de regretter la dispartion des boutons au profit exclusif du fabricant qui a trouvé là l’opportunité d’augmenter sa marge en réduisant les coûts de fabrication. Harro sur le fabricant !

Perspective d’avenir !

J’allais oublié de mentionner un effet collatéral de cette robotisation choisie consciemment ou inconsciemment : la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs rendue nécessaire pour vivre avec l’ennui. J’oublie volontairement d’énumérer les addictions, dont la panoplie est sans limites.

Depuis longtemps déjà, l’emploi se développe dans le secteur psy, régulièrement et sûrement, depuis l’aménagement des maisons feng shui jusqu’aux hôpitaux psychiâtriques à visage humain en passant par une multitude de techniques de développement personnel.

Le comble dans cette histoire à dormir debout, est que chacun court après l’immortalité, pour profiter plus longtemps, en toute sécurité – principe de précaution oblige – de son passage sur Terre !

Moralité (ou immoralité si vous préférez)

Jamais content !

A force de nous plaindre de ce que la vie est dure, de devoir aller bosser le lundi et de nous réjouir le vendredi venu, de rechercher obsessionnellement la facilité, il n’est peut-être pas surprenant que des robots toujours contents de leur sort prennent notre place !

Courage ! Prenez soin de vous…

 

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