Partage des richesses

9 décembre 2014
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On se plaint actuellement de la crise et du partage inéquitable de la richesse produite par les entreprises.

Comptabilité des entreprises et de la nation

Selon moi, la comptabilité des entreprises (micro-économie) est une chose. Elle est basée sur les prix et l’argent.

La comptabilité nationale est une autre chose (macro-économie). Elle est actuellement calculée à partir des comptes des entreprises. C’est une erreur conceptuelle du modèle sensé représenter le monde économique !

La comptabilité nationale devrait être calculée sur base d’une mesure de l’utilité des produits pour la société.

Cette affirmation n’est pas à comparer de façon épidermique avec celle qui consisterait à définir un bonheur intérieur brut ou un autre indicateur, car quoi qu’il arrive, les agrégats existants gardent une raison d’être, quoique leur signification et leur interprétation devront, selon moi, changer.

Révolution robotique

Tant que l’automatisation était très faible, le prix (micro) et la valeur (macro) des produits étaient chou vert et vert chou, comme Paul Jorion le mentionne notamment dans « l’Argent, mode d’Emploi ».

Quand la robotisation devient très importante comme c’est devenu le cas aujourd’hui, on ne peut plus écrire que les agrégats macro-économiques sont égaux à la somme des résultats des entreprises, sans prendre de précautions.

Quand on pousse la robotisation dans ses derniers retranchements, il n’y a plus d’emploi humain, donc plus de salaires, donc plus de possibilités d’échanger les produits fabriqués au moyen d’argent.

En réalité, ce qui se passe dans la comptabilité nationale est que l’on considère le travail des robots comme ayant un coût = zéro. C’est vrai pour l’entreprise, mais c’est faux pour la nation, car les robots ont produit plus de richesse que leur valeur comptable inscrite dans le bilan des entreprises.

Esclavagisme moderne

D’un point de vue du travail, les robots sont des esclaves modernes dont la main d’oeuvre (la force de travail) ne coûte rien.

D’un point de vue de la richesse nationale produite, peu importe que ce soient des esclaves humains, des travailleurs rémunérés ou des machines qui travaillent.

C’est la production qui doit être partagée équitablement et pas nécessairement de l’argent ni avec de l’argent.

Cela m’amène à noter que Paul Jorion et d’autres auteurs (tous, je pense) n’ont pas considéré qu’un des rôles actuels de l’argent est de partager des surplus. Cela rajoute un niveau de confusion et de contradiction parfois avec les autres rôles de l’argent. Dans l’Argent (pg 66), Paul identifie 3 rôles de l’argent (unité de compte pour la richesse, intermédiaire d’échange et réserve de valeur). Cela correspond à ce qui est enseigné dans le cours de l’ULB « Introduction à la macro-économie » (pg 120, Pierre-Guillaume Méon).

Quand je regarde la société, je ne peux m’empêcher de penser que le 4e rôle de l’argent a été oublié : partager et distribuer les richesses.

Cette omission ne prête pas à conséquence tant que les richesses de la nation sont égales à la somme des richesses produites par les entreprises. Mais…

Richesse = Production + Travail des robots

Aujourd’hui, les richesses de la nation sont égales à la somme des richesses produites par les entreprises (mesurées par leur comptabilité) plus le travail des robots, charge à des gens intelligents et compétents de définir l’étalon de mesure et les méthodes de comptabilisation. Jusqu’à une certaine époque (passée, présente ou future) on pouvait négliger la valeur du travail des robots par rapport à celui des hommes. Plus le temps passe, moins cette négligence (au propre et au figuré!) était acceptable.

A mon avis l’époque où l’on pouvait négliger le travail des robots dans les comptes de la nation est dépassée. Elle est passée inaperçue, car on a dilué le travail des robots dans les revenus de l’industrie des services, en créant de nombreux emplois qui n’apportent pas de richesse à la communauté.

Conclusion : Autrement dit, le problème, aujourd’hui n’est plus de partager le surplus monétaire comme par le passé, mais de partager la richesse produite par un moyen ad hoc.

PS : Mon hypothèse, que je ne sais pas démontrer formellement actuellement, est que la distorsion apparue entre le modèle du système économique en vigueur et la réalité fait partiellement partie des causes endogènes de l’origine de la crise financière (et peut-être même aussi de la bulle Internet), mais c’est un autre débat, hors sujet de ce post.

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