Changement de société

9 décembre 2014
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Blanc, noir, gris ou ni blanc, ni noir, ni gris ?

Les riches réfugiés fiscaux français en Belgique sont montrés du doigt. À un autre bout de l’échiquier social se trouvent les pauvres retraités français dont la retraite est payée par les impôts des classes moyennes qui travaillent. Quel réquisitoire le procureur va-t-il prononcer si ces retraités dépensent leur retraite mensuelle en Tunisie ou en Turquie où ils se sont réfugiés, car dans ces pays au niveau de vie plus bas, les fins de mois sont moins douloureuses ? Que dire de tous les blogueurs équipés d’un PC à la maison et de smartphones dehors, qui épuisent les terres rares ? Que dire de ceux qui acceptent l’offre de crédit à 0% que VW fait actuellement à la télé ?

J’ai commis un autre post à propos de la vision de Veblen, disons pour le plaisir (non anodin) de la réflexion dans un autre cadre de référence. Pour voir où ce concept différent peut mener. Car enfin, nous tous, ici et ailleurs, utilisons le même cadre de référence économique, tel qu’il nous est proposé depuis quelques siècles. Les uns pour en profiter, les anthropologues pour l’étudier et les autres pour s’en plaindre, sans doute à juste titre. Que faire d’autre que de se référer aux règles du système pour critiquer ce même système ? On est pris en sandwich entre le refus de ce qui existe et la peur du saut vers l’inconnu. Et s’il y avait néanmoins une troisième option ?

Jeu de dominos

On voit la crise comme un jeu de dominos qui tombent en cascade l’un sur l’autre. Le but jeu semble de déterminer quel a été le premier domino de la série, qui l’a fait tomber et comment empêcher le domino suivant de faire de même.

Qui peut démontrer que le premier domino était d’origine exogène (théorie en vigueur) et pas endogène (théorie de Veblen) ?

Le bon sens ? Non merci ! Combien de catastrophes et de guerres ont-elles été causées par l’utilisation basique du bon sens ?

À mon avis, regarder la machine économique, comme Veblen l’a fait, transforme le jeu de domino en un autre jeu. Peut-on juger a priori lequel des deux jeux, l’ancien ou le nouveau, reflète le mieux la vraie réalité ?

Si l’on accepte quelques minutes de changer de point de vue en se plaçant dans un cadre de référence différent, on peut se demander si la crise économique doit être vue comme une une seule série ou comme plusieurs séries de dominos en parallèle ?

Quelle relation y a-t-il entre les robots et la crise consécutive aux égarements du monde financier ?

On parle de plus en plus, par exemple, des robots qui se reproduisent plus vite que des lapins. On invoque cette prolifération comme une cause du chômage de masse. Je pense qu’il est démontrable mathématiquement que cette hypothèse est bourrée de sens.

Hypothèse 1 : deux séries de dominos. La corrélation entre les deux semble faible. Cela veut dire qu’il y aurait deux problèmes existants en parallèle et que l’un peut se poser indépendamment de l’autre. Donc que leurs solutions sont indépendantes l’une de l’autre. D’autant plus que l’utilisation les robots est endogène et le manque de régulation financière exogène. S’il y a indépendance des deux (deux causes parallèles), la crise due aux robots se serait tout de même posée sans la crise financière et mettre fin aux débordements de la finance n’est pas la solution finale.

Hypothèse 2 : une série de dominos. Si les deux problèmes font partie de la même série de dominos, alors Veblen nous dirait peut-être que la mécanisation puis la généralisation des robots ont servi de terreau à l’apparition progressive du crédit (qui date de bien avant 2000) jusqu’aux débordements de 2008 en passant par la bulle Internet. Dans ce cas, les deux causes sont liées (dominos) et endogènes. Une cause endogène tombant sous le bon sens et une cause endogène difficile à accepter comme telle, car défiant le bon sens.

Pendant tout ce temps, il n’y avait ni réquisitoire ni juge pour arbitrer de façon fiable entre les annonceurs de la société des loisirs, les annonceurs de catastrophes et ceux qui disaient circulez, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, il n’y a rien à voir.

En 1930, Keynes disait que ce n’était pas la fin du monde, mais que celui-ci traversait une simple crise de croissance. L’un dira qu’il avait raison. L’autre que ce n’était que partie remise jusqu’à la prochaine guerre ou crise.

Aujourd’hui, on peut se poser la question de savoir si ce qui se passe n’incarne pas la difficulté du monde à franchir le pas de la civilisation du travail à celle des loisirs, qui ne peut se faire qu’en changeant profondément les mentalités ?

A faux diagnostic, mauvais remède. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas passer à côté du diagnostic, en pensant aux générations futures. Au final, si l’on se trompe de diagnostic, le remède est faux et le problème reste entier.

Cette dernière remarque fait écho à un autre Paul. Paul Watzlawick (école de Palo Alto) a notamment écrit un livre génial dont le titre est « Changements »

Ceux qui se chamaillent et déchargent leur rancoeur justifiée en utilisant comme seul cadre de référence et comme seules règles du jeu, ceux-là mêmes dont ils se sentent victimes, ne jouent-ils pas le jeu de leur bourreau ?

Toujours plus de la même chose, disait Paul Watzlawick, dans le cadre de ce qu’il appelle les changements qui ne changent rien…

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