Où est passé Dieu tout puissant ?

17 novembre 2012
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Le jour où sept sismologues italiens ont été condamnés à de la prison ferme pour ne pas avoir prédit la date et la gravité d’un futur tremblement de terre, je me suis demandé comment on a pu en arriver là. Était-ce le procès de dieux ?

L’État, c’est pas moi

Le hasard, la fatalité sont des aléas de l’existence dont j’accepte la réalité. Je n’ai pas besoin de l’État Providence. Cela tombe bien, il est en faillite ! Vu du côté du citoyen, il n’a plus les moyens de ses ambitions. Du côté du partage du pouvoir par la classe politique, les élus doivent trouver un autre moyen de fidéliser leurs clients-électeurs. Tout bon département marketing commence par créer le besoin et termine par la mise du produit sur le marché. L’État Providence est mort ! Vive l’État Sécurité !

L’État Sécurité risque moins la faillite financière. Il est principalement basé sur des propos politiciens qui ne coûtent que le prix de la salive de ceux qui prononcent des discours accrocheurs, dans le cadre feutré de la bonne gouvernance des masses d’électeurs-consommateurs.

Je fuis tout qui porte l’habit du manipulateur potentiel – humain ou étatique – surtout s’il lui vient l’idée de me dire ce qui est bon pour moi. Cet État tombe mal pour moi, car je n’ai pas besoin d’être protégé jusqu’à plus soif contre moi-même, contre les choix que je fais ou contre les aléas de la vie sur terre. Je ne suis pas pour autant extrémiste. Je participe à l’entraide et la justice sociales en payant mes cotisations sociales. Je suis client de certaines compagnies d’assurance, mais j’opte pour les options de base. L’excès nuit en tout !

Mes croyances ne concernent pas la Planète

Je respecte la Nature dans ce qu’elle a de bon autant que dans ce qu’elle a de néfaste. Il est trop facile, pour les protecteurs de la planète et de la nature, de prendre tout ce qu’elles peuvent apporter d’égoïstement agréable, tout en la modifiant – même génétiquement, si nécessaire – pour réparer ce qui semble être des injustices. Je ne parle pas des maïs transgéniques ou autres antibiotiques utilisés dans les élevages. Je parle de besoins égoïstement les plus profonds, par exemple pris au hasard, le droit à procréer même si la nature à décidé de faire naître un être stérile ou la possibilité de choisir le QI de se descendance. Comment peut-on sereinement défendre la nature authentique tout en contrecarrant les lois de la toute puissante loi de l’Évolution des Espèces, que Darwin a si bien mise en évidence ?

Pourquoi chercher à dépasser des Lois de la Nature qui garantissent à l’espèce humaine de s’adapter à l’évolution du Monde ? Pourquoi chercher à contrôler et influencer une évolution inéluctable qui n’ira pas nécessairement dans le mauvais sens ? Cette évolution fait peur et est forcément jugée par celui qui ne supporte par l’angoisse d’un lendemain différent du passé qu’il connaît ! La peur du changement.

Hier, si l’on était croyant, l’on était convaincu que Dieu a créé l’Homme à son image. Si l’on n’était pas croyant, l’on pensait plutôt que les croyants ont créé Dieu à son image (lire en fonction de ses besoins).

Aujourd’hui, l’Homme contrôle, surveille, crée de nouvelles espèces, empêche les espèces de s’éteindre, projette d’envoyer des missiles dans l’espace pour dévier la trajectoire des astéroïdes, etc.

Parfois, je me demande si l’Homme ne se prend pas pour Dieu !

Je ne vote pas Ecolo. Cela ne fait pas de moi un antiécologiste, car les écolos n’ont pas le monopole de la nature !  Je suis respectueux de l’environnement dans lequel je vis, mais je ne suis pas un protecteur intégriste de la Nature. Je pense que la Nature a aussi des droits, dont celui d’évoluer librement, sans que l’Homme la modifie en fonction de ses égoïstes besoins. ARTE télévision a récemment diffusé un excellent reportage scientifique (formule destinée à donner du poids à ce qui suit) dont l’objectif était de répondre à la question : en intervenant sur sa propre destinée, l’Homme s’est-il soustrait à l’Évolution des Espèces ?

Par ailleurs, je pense que la Planète n’a pas besoin de protecteurs pour poursuivre sa route dans les espaces intersidéraux.

Pourtant je pense que je lave souvent plus vert que les soi-disant verts lavent vert. Je fais allusion au Greenwashing qui envahit les étiquettes de tous les produits, pour faire croire qu’ils sont respectueux de la planète. Le logo vert de Mac Donald est plus vendeur que le rouge. Le bus Eurobussing à l’arrière duquel est écrit en grand « Ce bus est vert » consomme autant d’énergie fossile que tous les autres, même s’ils sont électriques. Les moteurs électriques ou à hydrogène s’ils ne polluent pas le centre des villes, consomment plus d’énergie fossile que ce que l’on tente de nous faire croire, sauf si l’on accepte d’installer des centrales nucléaires, etc.

J’essaye de ne tricher ni dans un sens, ni dans l’autre.

Un soupçon de fatalisme

Accident imprévu, mort certaine, vivre sur terre est la chose la plus dangereuse qui soit. Je calme mes inquiétudes en me référant aux lois et aux forces de la Nature. En plus, pour ne pas mourir d’angoisse, je pense qu’il faut accepter une certaine dose de fatalisme ! Je plains celui qui ne sait pas arriver au bout d’un deuil tant que la perte qu’il a subie n’a pas été expliquée avec une certitude irréfutable et reconnue publiquement par un Tribunal, sans que subsiste le moindre doute.

Le hasard et la liberté

Le hasard qui influence apparemment mon devenir fait tantôt bien tantôt mal les choses. Quand il passe près de moi, je peux donner le sens que je veux à un événement hasardeux. Cet événement n’est, en lui-même, porteur d’aucun message. Le message véhiculé par le hasard, c’est moi qui le formule. C’est moi qui donne son sens à l’événement issu du hasard. Je le vois ou ne le vois pas. Je le prends en considération ou je l’ignore.

Je choisis, je prends ou je ne prends pas les options que le hasard met devant moi. Je fais mon marché dans ce qu’il expose à l’étalage. Je ne suis donc pas une marionnette et je m’estime responsable de ce qui m’arrive. Le fait même de pouvoir m’autodéterminer me suffit pour supporter les aléas et la dangerosité de la vie. Je n’ai pas besoin de béquille extérieure.

En fait, je suis libre !

La révélation du Scientifique

Le Peuple (avec P majuscule et sans connotation péjorative, car je veux simplement dire les non-scientifiques, ou pour certains le Peuple de Dieu) utilise généralement son feeling, son bon sens, ses sensations, ses émotions ou ses croyances pour se faire une opinion sur ce qui l’entoure.

Ces moyens pour appréhender le monde sont assez limités, surtout pour l’Homme, car son intelligence cérébrale l’éloigne de la nature depuis des milliers d’années. Aujourd’hui, pour la protéger, il met la nature à l’abri dans des réserves-musées. Il peut de moins en moins la toucher. Il regarde des documentaires à la télévision. Il emmène ses enfants visiter des fermes-musées pour leur montrer ce qu’est une vache. On l’a vu en Thaïlande, il n’y a que les éléphants qui sont capables de fuir à temps un séisme ou un tsunami.

Quand son intuition ne lui suffit pas à comprendre, ledit Peuple qui a un besoin inextinguible d’être rassuré se tourne vers le Scientifique. Appelons-le l’Expert. Que sa discipline soit une science exacte ou une science expérimentale n’a pas d’importance dans l’opinion publique et l’esprit du juge. Il n’est pas à l’ordre du jour de se satisfaire d’approximations, de probabilités statistiques, de réponses de Normand, ou de tout autre diagnostic ou recommandation comportant une dose d’incertitude.

Vivre dans un environnement à risques est insupportable chez la majorité le Peuple (il suffit de lire les titres des médias pour trouver ce qui préoccupe le plus les consommateurs d’informations). Jadis, il s’en remettait au bon vouloir de Dieu, pour accepter les heurts et malheurs de son existence.

Fonction de Dieu et statut d’homme

Le Peuple consulte les Experts, non pas directement, mais via des intermédiaires comme l’État, les médias ou Internet. « Peuple – pythie – dieux » ou « Peuple – médias – experts », les chemins vers le salut sont comparables. Quand l’Expert a répondu à son appel, ledit Peuple doit faire confiance en sa réponse. Le Peuple doit « croire (en) l’Expert ». Il doit croire en l’Expert d’aujourd’hui, comme il croyait en les dieux d’hier.

Les chemins vers le salut sont comparables. La parole des dieux et celle des experts sont toutes deux supposées proches de la Vérité. Leurs fonctions sont donc bien comparables. Dans notre monde de plus en plus matérialiste, il y a cependant une différence fondamentale entre eux : les experts sont plus pratiques et surtout moins dangereux, car ce ne sont que des hommes. S’ils se trompent, on peut les juger et les condamner sans craindre la vengeance des dieux. On n’a pas besoin de leur sacrifier des offrandes pour les calmer ou les amadouer !

L’Expert est réputé, au moins implicitement, détenir le secret de la Vérité. C’est une lapalissade, car s’il n’était pas doué de ce pouvoir, on ne le consulterait pas ! À ce titre, il ne peut pas dire que sa réponse contient un certain pourcentage d’incertitude.

Comme Dieu, l’Expert est mis sur un piédestal, armé de tous les savoirs, qu’il le veuille ou non ! Le Peuple a créé l’Expert à son image, c’est-à-dire en fonction de ses propres besoins de se sentir rassuré, face aux aléas de la vie.

Contrairement à Dieu, l’Expert est responsable devant les hommes, de ses dires et de ses actes !

Moins l’on croit en Dieu, plus on doit lever le doute !

Le doute quant à la puissance de Dieu semble faire son chemin déstabilisant dans ces esprits. Il faut lui trouver un remplaçant pour jouer le rôle de protecteur ou de sauveur. Il faut trouver des explications à tout et contrôler au maximum son environnement, pour qu’il soit immuable. Sinon gare à l’angoisse existentielle !

J’ai écrit « trouver un remplaçant à Dieu » mais ma plume a dépassé la réalité de ma pensée ! Il serait vraiment stupide de choisir entre l’un OU l’autre. Le plus intéressant pour soi est de profiter des avantages de l’un ET de l’autre ! L’un n’exclut pas l’autre. Trouvons donc chez l’Expert toutes les réponses que Dieu ne peut plus nous donner. Ainsi nous serons gagnants sur tous les tableaux !

En écrivant ces lignes, je réalise pourquoi les attentes du Peuple sont si grandes, lorsqu’il s’agit de faire appel à un scientifique dont le savoir le dépasse. Il ne comprend ni la démarche intellectuelle ni le langage de cet expert désigné. Cet oracle de l’ère postmoderne serait doué du pouvoir des dieux, mais sans l’immunité de Dieu. À l’instant précis où il a publié son rapport, le scientifique redevient, d’un coup de baguette magique, un humain non fiable, vulnérable et surtout responsable devant les Tribunaux. Si un accident se produit, il faudra nécessairement trouver un responsable. Pourquoi pas lui ? Sans responsable, il faudrait accepter l’idée d’une fatalité qui ne soit pas le fait d’un Dieu infiniment bon.

Si les services du dieu-expert ne sont pas conformes aux attentes, il est plus facile à remplacer plus facilement qu’un dieu inamovible qui ne fait pas le miracle que l’on attend de lui !

Je regrette la disparition de Dieu

Je suis de formation scientifique et de conviction agnostique. Je crois en l’inexistence de Dieu. Je crois en elles et j’obéis aux lois de la Nature, de la Physique et de l’Évolution. Contrairement à de nombreux autres croyants, je n’éprouve pas le besoin de convertir les autres à mes propres croyances. Au contraire ! Je regrette infiniment que Dieu ne puisse plus être la béquille salvatrice de ceux qui croyaient hier en sa force divine illimitée et sa toute-puissance. À quoi peuvent-ils se référer s’ils se mettent à douter autant de leur Dieu que d’eux-mêmes ?

Si Dieu existait encore dans la tête des croyants, l’État ne devrait pas se substituer à Dieu et protéger sans limites ses administrés. Le Jugement Dernier ne devrait pas laisser sa place aux Courts des Tribunaux. L’État n’aurait pas le sentiment de se sentir doué des forces du Tout-Puissant, au point d’être atteint par une sorte d’ivresse du pouvoir.

Si Dieu existait encore dans la tête des croyants, chacun trouverait encore sa sécurité personnelle dans ses propres croyances et non dans le recours compulsif à l’État Sécurité, aux Experts à tout faire et au Jugement dernier des Tribunaux.

Si Dieu existait encore dans la tête des croyants, je n’aurais pas à devoir me protéger de la sensation désagréable de me sentir administré par un État trop présent qui, en se mêlant de plus en plus des choix réservés à ma sphère privée, outrepasse sa mission de gérer les affaires collectives en bon père de famille !

Si Dieu existait encore dans la tête des croyants, les scientifiques ne risqueraient pas d’être emprisonnés pour leurs humaines erreurs comme Galilée l’a été quand il avait scientifiquement raison. Les scientifiques ne seraient pas obligés de choisir entre leurs méthodes scientifiques pour rester intègres et le principe de précaution pour ne pas être enfermés.

Suite (Le Juge, les sept Experts et les Financiers)…

One Response to Où est passé Dieu tout puissant ?

  1. [...] ces deux faits divers ? Cet article peut être considéré comme une suite logique de « Où est passé le Tout Puissant ? » qui devrait être parcouru [...]